Question 1 :
Est-il obligatoire de porter le voile en islam ?
Réponse 1 :
Un petit livre de M. Abdelaziz Kacem a été publié sur le sujet : "Le voile est-il islamique ? ou Le corps des femmes enjeu de pouvoir". Editions Chèvre-Feuille étoilée, janvier 2004. L’auteur tunisien y a bien analysé la question à partir des textes de référence et en vient à la conclusion qu’il y a bien peu d’indications dans le coran mais que tout est dans la pratique sociale qui dépend beaucoup du tempérament de chaque peuple musulman et de chaque époque.
Moi, je crois que le problème n’est pas là. Les documents archéologiques nous prouvent que le voile est bien antérieur à l’islam dans toute l’aire orientale. L’islam n’est donc pas né dans un désert sans culture et a dû faire avec les mœurs de son espace-temps. Peu m’importe qu’il ait choisi de rendre le hijab ou le khimâr obligatoire uniquement pour les femmes et filles du prophète ou pour toutes les musulmanes. Peu m’importe ce que le coran désigne comme hijab ou khimâr islamique sans nous avoir légué une simple illustration dans le texte ou sur les pierres dont la Mecque ne manquait pas. Le fait est que nous savons très bien comment les Egyptiens et les Egyptiennes s’habillaient deux milles ans avant Mahomet et nous avons à Berlin une belle tête de Néfertiti mais nous sommes tout a fait incapables de savoir quelle tête avait notre prophète et ses neuf veuves.
Voilà le vrai problème : l’interdiction juive de toute représentation figurative telle que les juifs l’ont trouvée chez les Egyptiens, l’esthétique juive qui a rejeté les Grecs et leurs gymnases arrivés au Moyen-Orient avec Alexandre le Grand. C’est cet héritage juif dont l’islam est porteur et que nous n’avons jamais critiqué ni analysé. Il nous faudra apprendre à poser les bonnes questions pour faire la bonne analyse de nos problèmes et ne pas ressasser les questions de nos ancêtres qui ne débouchent sur aucune libération de l’esprit.
En toute simplicité je dis à mes coreligionnaires : si nous voulons êtres des musulmans de bonne foi, ancrés dans notre espace-temps ici en Europe du XXIe siècle, nous devons dire à nos filles "La foi est dans le cœur et non pas dans le foulard ou la taille du bikini". Lors de mes conférences je dis aux musulmanes et aux musulmans : envoyez vos filles et vos garçons aux Beaux Arts pour sculpter, dessiner et peindre de beaux nus sublimes. C’est la beauté divine du corps humain qu’ils vont nous présenter. C’est la vraie question esthétique qui sépare l’Orient de l’Occident. Le voile n’est là que pour nous détourner des vraies questions.
Et vous, en tant qu’être autonome, qu’en pensez-vous ?
P.S. : Monsieur Mounir Mrabet ne m’a pas répondu : il est fort probable qu’il soit journaliste.
Question 2 :
Est-il permis entre couple marié et consentant de faire certaines pratiques sexuelles comme :
Echangisme
Sodomie
Fellation ou cunnilingus
Anuslingus
Réponse 2 :
Echangisme : mot inexistant en arabe et donc dans l’islam.
Sodomie : comme dans le judaïsme, l’islam juge très sévèrement la sodomie.
Fellation ou cunnilingus : je n’en sais rien et je ne sais même pas ce que veut dire cunnilingus.
Anuslingus : voir sourate 115, verset 33. Vous y trouverez toutes les instructions pour accomplir cette pratique recommandée par Chafi’i et par l’imam Khymonei IV. Bon appétit !
Question 3 :
Quelle la position de l’islam concernant l’homosexualite et la transexualite ?
Réponse 3 :
L’islam, dans son livre de base, le coran, n’a jamais bien défini les termes avant de les utiliser. Ce n’est ni un code Napoléon ni un code juridique moderne. Ainsi, de l’homosexualité vouée expressément à l’enfer, on ne connaît que celle pratiqué à Sodome entre hommes. Quant à celle pratiquée entre femmes et au transsexualisme, nous ne disposons d’aucun texte.
Ceci a donc donné lieu à une jurisprudence qui n’a fait finalement qu’entériner l’aversion majoritairement enregistrée dans les sociétés islamiques pour ce qui sort de la "norme" c’est à dire l’hétérosexualité au sein du mariage. Et comme la liberté de débattre n’a jamais été le fort des pays musulmans, la question de la liberté sexuelle et de la liberté tout court n’est toujours pas clarifiée.
Question 4 :
Dans un pays musulman, quelle doit être le statut de l’islam ?
Laïcité,
République islamique ou
Religion d’Etat
Réponse 4 :
Il me semble que la laïcité est le meilleur statut pour l’islam dans un pays musulman. Mais il faut s’entendre sur les termes.
Si l’état lâche le grand pouvoir religieux à une institution indépendante sans autres conditions, il y a un grand risque que des charlatans s’emparent de ce pouvoir spirituel et financier énorme et utilisent la religion pour dominer tout un pan de la société et reconquérir les autres pouvoirs.
Il faut donc que la laïcité en pays musulmans passe par une règlementation radicale des prérogatives des religieux : l’état doit rester le seule gérant des donations pieuses et de leurs revenus y compris pour la construction et l’entretien des mosquées. Il doit rester seul responsable de l’enseignement religieux. De plus, il doit développer un enseignement laïque ouvert à la raison afin de laisser s’épanouir des intellectuels qui feront face à tout obscurantisme. Une séparation claire du religieux et du politique, du religieux et des règles de la société (plages par exemple) doivent être entrepris.
C’est dire que la laïcité en pays d’islam, comme la Turquie par exemple, doit être volontariste et franchement progressiste pour espérer faire reculer les obscurantistes au bout d’un siècle ou deux
Question 5 :
Dans un pays musulman, faut-il pénaliser :
Adultère
Fornication
Apostasie
Consommation d’alcool
Homosexualité
Réponse 5 :
Préambule : dans un pays musulman, il faut d’abord donner le droit à un parlement librement choisi par les citoyens pour édicter les lois qui conviennent pour la société du moment et faire évoluer ces lois librement. Il faut que des hommes et des femmes édictent des lois faites pour des femmes et des hommes ! Ce n’est pas à moi, l’intellectuel musulman, ni au coran descendu du ciel sans suffrage et accaparé par des jurisconsultes, de prendre ce pouvoir et d’édicter ce qui doit être fait dans un pays musulman. Mais comme je suis conscient de ma part de responsabilité en tant que citoyen, voici mon avis, qui n’a de valeur qu’intellectuelle :
L’adultère est une sorte de rupture de contrat par lequel, normalement, on s’engage à la fidélité. Comme toute rupture de contrat, il est normal de prévoir au moins réparation des dommages. Mais l’adultère, de quelque côté d’où ça vient, cause des dommages irréparables. Au-delà des peines « pénales », il faut que toute la société considère l’adultère comme un acte abjecte afin d’en éloigner les petits êtres que nous élevons.
Fornication dans le sens de baiser hors mariage. Il me semble qu’entre adultes consentants, pénaliser la satisfaction d’un besoin physiologique fondamental est une aberration. Sauf que cet acte n’est pas de même nature que la satisfaction des autres besoins physiologiques. Il y a la dignité d’une tierce personne qui est engagée : l’enfant potentiel qui peut en naître. Le droit doit donc tout prévoir pour préserver les droits de l’enfant à naître : droit d’avoir un père et une mère reconnus et une cellule familiale. Que celle-ci ne soit pas fondée avant fornication n’a pas grande importance. De là à pénaliser « l’acte d’aimer jusqu’au bout », il y a un pas que je ne franchis pas.
Apostasie : liberté de croire ou de ne pas croire et de changer de croyance comme on veut, voici la seule règle qui respecte la dignité de l’humain. Les religions proposent, l’individu dispose. Sinon c’est le règne du sabre.
Consommation d’alcool : tant que cela ne trouble pas l’ordre public et ne gène personne, je ne vois pas au nom de quoi cette consommation doit être prohibée. Mais ne tombons pas dans l’excès car c’est l’excès qui est nocif à la santé de l’individu, de la cellule familiale et à la sécurité sociale !
Homosexualité : pénaliser un acte amoureux qui n’engage aucune tierce personne n’a pas de justification. A moins qu’une société veuille édicter une norme contraignante pour tout le monde sous prétexte que la majorité « recensée » est hétéro.
Question 6 :
Pour un homme mais également pour une femme, est il permis d’avoir recours au :
Tatouage
Piercing
Boule a zéro
Coloration des cheveux
Réponse 6 :
Tout ce qui touche au corps de la personne n’engage que cette personne-là. La liberté de disposer de son corps est le principe fondamental qui est à même de respecter la dignité humaine. Mais pour respecter cette dignité jusqu’au bout, il faut que le tatouage, le piercing et toute application de produits ne soit pas nocive à la personne qui les pratique. Un contrôle sanitaire sur les produits utilisés doit être organisé par la société, représentée par l’Etat librement choisi. Liberté est en tête des trois piliers du nouvel islam à côté de la Justice et de la Paix
Question 7 :
On dit que le tatouage est prohibé, est ce que c’est vrai ?
Réponse 7 :
Al-wachm n’est nulle part cité dans le coran. Il a continué à être pratiqué dans les pays musulmans d’Afrique du Nord, jusqu’à la génération de ma grand-mère : celle d’avant l’école moderne.
Ce n’est donc pas l’islam qui l’a prohibé mais les musulmans qui ont constaté que cette pratique ne faisait pas partie de la "civilisation".
Les réformistes, tous formés à l’école de la modernité européenne, l’ont aussi combattu parce qu’ils y voyaient le marquage corporel d’une tradition beaucoup plus ancienne que l’islam.
Question 8 :
J’aimerais avoir une liste complète de tous les interdits existants en islam
Réponse 8 :
Il est interdit d’interdire ! :-D .
Non ce n’est pas un slogan islamique mais ça date de mai 68 !
A vrai dire je n’ai pas fait de comptabilité débit-crédit, permis-interdit que font les comptables de la censure dans l’islam classique. Pour moi, les trois piliers du nouvel islam c’est justement Liberté-Justice et Paix, y compris liberté de croire ou de ne pas croire et de changer de confession. Pour moi la confiance en l’humain est la garantie d’une foi sincère.
Mais pour vous répondre sur le fond :
Le premier interdit, d’où découle tout le reste, est celui de croire à autre chose qu’à Allah et que Mahomet ne serait pas son messager. Ce qui implique l’interdit de la représentation des "idoles".
Les autres interdits peuvent être catégorisés de la façon suivante :
Les interdits culinaires (qui sont plus culturels que cultuelles. L’alcool reste une boisson paradisiaque)
Les interdits matrimoniaux et sexuels : ceux ayant trait aux liaisons "incestueuses" qui n’englobent pas les cousins-cousines. Là aussi c’est plus culturel (traditions arabes) que cultuel. En Egypte voisine, il y avait bien des pharaons philadelphes. Un peu plus au Nord, les cousins étaient des parents trop proches auxquels on ne se mariait pas. Et puis ceux touchant les interdits sexuels : relations hors mariage et homosexuelles (du moins entre hommes). La pédophilie n’est pas clairement définie puisque le prophète a été fiancé à Aïcha à l’âge de 6 ans et leur mariage a été consommé alors qu’elle n’avait que 9 ans. Le mariage avec des non-musulmanes ou des non-musulmans sont aussi interdits.
Les interdits pécunières (gain facile) : jeux de hasard et ar-ribâ qu’on a assimilé au prêt à intérêt alors qu’il s’agit d’excès de bénéfices. Le bénéfice modéré n’est pas interdit, ce qui a permis aux musulmans de substituer la vente à terme aux prêts.
Interdits intellectuels : blasphème, critique et remise en question de l’islam.
Mais avant tout il est interdit de faire le mal sans justification. Cela ne veut pas dire qu’il serait interdit de pourchasser les mécréants et de les tuer. La peine de mort et les supplices corporels (autrement dit la torture : coups de fouets, amputations) ne sont pas interdits en islam classique.
Je me restreints ici à ce qui est mentionné dans le coran. Bien d’autres interdits ont été ajoutés ou retranchés selon l’humeur et/ou l’intolérance des décideurs musulmans. Le cas des miniatures permises par les nouvelles cultures musulmanes venues du centre-asiatique et qui ont en partie supplanté la culture arabe (Mongols et Turcs surtout) est l’exemple-même de cette transgression. Le cas de "l’atteinte à la pudeur" est aussi classique : on a bien toléré Abu-Nuwâs, ses poèmes bachiques et on tolère bien les bikinis dans pas mal de pays musulmans.
De toute façon, les paraboles et l’internet ont même permis et forcé l’entrée de la porno dans la culture des pays musulmans. Ils sont parmi les plus friands de ces productions un peu stéréotypées. C’est toujours le même scénario : l’action se limite à des mouvements de la hanche et les dialogues à des gémissements. Mais c’est excitant pour ceux et celles qui sont sciemment tenu(e)s dans le manque et la pénurie par la censure islamique. Ceci permet aussi aux foules musulmanes de se haïr et finalement d’exprimer leur haine en déversant des insultes à l’égard de Satan, soi-disant origine du mal, personnifié aujourd’hui par l’Occident. Les musulmanes et les musulmans ne sont finalement que de "pauvres victimes" du tentateur lubrique et plein de fric !!
Rigolez bien cher Mounir :-D
Mais au fait, je ne sais rien de vous. Vous pouvez au moins faire un petit effort et vous présenter.